Dermatite atopique : vers un traitement à base de protéines du virus de la rougeole?

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Date / Heure
Date(s) - 23/03/2017
Toute la journée


Dermatite atopique : vers un traitement à base de protéines du virus de la rougeole ?

23 mars 2017

Le virus de la rougeole provoque une immunosuppression dans les jours qui suivent l’infection. Associé à des risques de surinfection bactérienne et au développement de différentes complications, ce phénomène inspire néanmoins des chercheurs : il pourrait en effet permettre de lutter contre des maladies inflammatoires, en particulier contre la dermatite atopique.

Et si un futur traitement contre la dermatite atopique s’inspirait du vaccin contre la rougeole ? Certes, les deux n’ont à priori rien à voir, mais les travaux d’une équipe du Centre international de recherche en infectiologie (CIRI, Lyon)* montrent que l’idée n’est pas si farfelue !
Voilà une vingtaine d’années que ces chercheurs travaillent sur le virus de la rougeole pour comprendre son mécanisme d’immunopathogénèse. Se transmettant par voie respiratoire et provoquant une fièvre éruptive, ce virus entraine chez certains patients une immunosuppression, transitoire mais sévère. Cette dernière augmente le risque de co-infection bactérienne ou virale, et donc de complications graves. Les chercheurs ont décrit les bases moléculaires et cellulaires de cette immunosuppression il y a plusieurs années et continuent à s’y intéresser. « Indépendamment de son caractère pathogénique, nous nous demandons si cet effet immunosuppresseur ne peut pas être bénéfique sous d’autres aspects. D’anciennes publications ont notamment montré un lien entre cette infection et l’amélioration, voire la disparition complète, des symptômes de la dermatite atopique chez des enfants « , explique Branka Horvat, responsable de ces travaux.
La dermatite atopique est une maladie inflammatoire de la peau très fréquente chez les nourrissons, touchant 10 à 15% d’entre eux. Elle se manifeste aussi chez les adultes, bien que plus rarement (1 à 3%). Cette dermatose se caractérise par une production anormale de cytokines pro-inflammatoires dans la peau. Or l’immunosuppression provoquée par le virus de la rougeole modifie justement la production de cytokines. C’est pourquoi les chercheurs ont regardé si cette infection ne permettrait pas de réduire les mécanismes inflammatoires associés à la dermatite atopique.
Un effet in vitro et in vivo
Pour cela, les scientifiques ont d’abord montré que le virus de la rougeole est bien capable d’infecter les kératinocytes, les cellules de l’épiderme impliquées dans la dermatite atopique. Ces expériences ont été conduites sur des cultures primaires et des lignées kératinocytaires humaines. Les chercheurs ont ensuite étudié l’effet de cette infection et constaté qu’elle entraînait une modification du profil d’expression des cytokines produites par les kératinocytes : ils ont pu observer une diminution de la production des cytokines pro-inflammatoires et, à l’inverse, une augmentation de l’expression celles connues pour leurs propriétés anti-inflammatoires (en particulier TGF-ß). « Autrement dit, l’infection module la réponse inflammatoire des kératinocytes », clarifie Branka Horvat.
Forts de ces résultats, les chercheurs ont poussé plus loin leurs investigations en testant l’effet de la vaccination antirougeoleuse chez des adultes présentant une dermatite atopique. Ce vaccin contient une forme vivante atténuée du virus de la rougeole (virus dont la virulence a été atténuée). « Ces patients avaient déjà été vaccinés par le passé. Mais l’effet immunosuppresseur du virus étant transitoire, nous les avons réexposés au virus atténué en utilisant le vaccin qui est inoffensif et très bien toléré », explique Branka Horvat. C’est alors que les scientifiques ont constaté un effet, bref mais visible, sur les symptômes cutanés des volontaires : l’effet est apparu deux semaines après la vaccination et a disparu après quatre semaines. L’hypothèse émise est que « l’effet aurait probablement été plus important en utilisant une souche sauvage du virus de la rougeole. Elle se serait mieux répliquée que la souche vaccinale atténuée et aurait produit davantage de protéines virales. Néanmoins, notre étude apporte une preuve de principe : l’immunosuppression déclenchée par le virus de la rougeole peut atténuer les symptômes de certaines maladies inflammatoires, en particulier ceux de la dermatite atopique ».
« Grâce à nos études antérieures, nous connaissons déjà les propriétés de certaines protéines du virus. Notre perspective est donc de repartir de ces protéines pour envisager le développement d’un nouveau traitement contre la dermatite atopique, que ce soit sous forme de crème ou par voie orale », conclut la chercheuse.

 

Note
*unité 1111 Inserm/ CNRS/Ecole normale supérieurs/université Claude Bernard Lyon 1, Centre international de recherche en infectiologie de Lyon, équipe Immunobiologie des infections virales, en collaboration avec les Hospices civils de Lyon, le service de Pharmacologie clinique du CHU de Lyon (CIC1407 Inserm), le service d’allergologie et d’immunologie clinique du CHU Lyon-Sud et le laboratoire Inflammation, tissus épithéliaux et cytokines (Université de Poitiers)

Source
G Gourru-Lesimple et coll. Measles virus infection of human keratinocytes: Possible link between measles and atopic dermatitis. J Dermatol  Sci. édition en ligne avancée du 10 février 2017

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Date(s) - 23/03/2017
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Dermatite atopique : vers un traitement à base de protéines du virus de la rougeole ?

23 mars 2017

Le virus de la rougeole provoque une immunosuppression dans les jours qui suivent l’infection. Associé à des risques de surinfection bactérienne et au développement de différentes complications, ce phénomène inspire néanmoins des chercheurs : il pourrait en effet permettre de lutter contre des maladies inflammatoires, en particulier contre la dermatite atopique.

Et si un futur traitement contre la dermatite atopique s’inspirait du vaccin contre la rougeole ? Certes, les deux n’ont à priori rien à voir, mais les travaux d’une équipe du Centre international de recherche en infectiologie (CIRI, Lyon)* montrent que l’idée n’est pas si farfelue !
Voilà une vingtaine d’années que ces chercheurs travaillent sur le virus de la rougeole pour comprendre son mécanisme d’immunopathogénèse. Se transmettant par voie respiratoire et provoquant une fièvre éruptive, ce virus entraine chez certains patients une immunosuppression, transitoire mais sévère. Cette dernière augmente le risque de co-infection bactérienne ou virale, et donc de complications graves. Les chercheurs ont décrit les bases moléculaires et cellulaires de cette immunosuppression il y a plusieurs années et continuent à s’y intéresser. « Indépendamment de son caractère pathogénique, nous nous demandons si cet effet immunosuppresseur ne peut pas être bénéfique sous d’autres aspects. D’anciennes publications ont notamment montré un lien entre cette infection et l’amélioration, voire la disparition complète, des symptômes de la dermatite atopique chez des enfants « , explique Branka Horvat, responsable de ces travaux.
La dermatite atopique est une maladie inflammatoire de la peau très fréquente chez les nourrissons, touchant 10 à 15% d’entre eux. Elle se manifeste aussi chez les adultes, bien que plus rarement (1 à 3%). Cette dermatose se caractérise par une production anormale de cytokines pro-inflammatoires dans la peau. Or l’immunosuppression provoquée par le virus de la rougeole modifie justement la production de cytokines. C’est pourquoi les chercheurs ont regardé si cette infection ne permettrait pas de réduire les mécanismes inflammatoires associés à la dermatite atopique.
Un effet in vitro et in vivo
Pour cela, les scientifiques ont d’abord montré que le virus de la rougeole est bien capable d’infecter les kératinocytes, les cellules de l’épiderme impliquées dans la dermatite atopique. Ces expériences ont été conduites sur des cultures primaires et des lignées kératinocytaires humaines. Les chercheurs ont ensuite étudié l’effet de cette infection et constaté qu’elle entraînait une modification du profil d’expression des cytokines produites par les kératinocytes : ils ont pu observer une diminution de la production des cytokines pro-inflammatoires et, à l’inverse, une augmentation de l’expression celles connues pour leurs propriétés anti-inflammatoires (en particulier TGF-ß). « Autrement dit, l’infection module la réponse inflammatoire des kératinocytes », clarifie Branka Horvat.
Forts de ces résultats, les chercheurs ont poussé plus loin leurs investigations en testant l’effet de la vaccination antirougeoleuse chez des adultes présentant une dermatite atopique. Ce vaccin contient une forme vivante atténuée du virus de la rougeole (virus dont la virulence a été atténuée). « Ces patients avaient déjà été vaccinés par le passé. Mais l’effet immunosuppresseur du virus étant transitoire, nous les avons réexposés au virus atténué en utilisant le vaccin qui est inoffensif et très bien toléré », explique Branka Horvat. C’est alors que les scientifiques ont constaté un effet, bref mais visible, sur les symptômes cutanés des volontaires : l’effet est apparu deux semaines après la vaccination et a disparu après quatre semaines. L’hypothèse émise est que « l’effet aurait probablement été plus important en utilisant une souche sauvage du virus de la rougeole. Elle se serait mieux répliquée que la souche vaccinale atténuée et aurait produit davantage de protéines virales. Néanmoins, notre étude apporte une preuve de principe : l’immunosuppression déclenchée par le virus de la rougeole peut atténuer les symptômes de certaines maladies inflammatoires, en particulier ceux de la dermatite atopique ».
« Grâce à nos études antérieures, nous connaissons déjà les propriétés de certaines protéines du virus. Notre perspective est donc de repartir de ces protéines pour envisager le développement d’un nouveau traitement contre la dermatite atopique, que ce soit sous forme de crème ou par voie orale », conclut la chercheuse.

 

Note
*unité 1111 Inserm/ CNRS/Ecole normale supérieurs/université Claude Bernard Lyon 1, Centre international de recherche en infectiologie de Lyon, équipe Immunobiologie des infections virales, en collaboration avec les Hospices civils de Lyon, le service de Pharmacologie clinique du CHU de Lyon (CIC1407 Inserm), le service d’allergologie et d’immunologie clinique du CHU Lyon-Sud et le laboratoire Inflammation, tissus épithéliaux et cytokines (Université de Poitiers)

Source
G Gourru-Lesimple et coll. Measles virus infection of human keratinocytes: Possible link between measles and atopic dermatitis. J Dermatol  Sci. édition en ligne avancée du 10 février 2017

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